Se lancer dans la conception d'un jardin méditerranéen demande de "faire du passé table rase".

Loin de moi cependant l'idée de vous inviter à saccager l'existant de votre jardin, comme le chantier de notre maison s'en est chargé. C'est plutôt des anciennes représentations du jardin qu'il faut s' émanciper.

Nous, Européens de l' Ouest et du Nord - je ne m'avancerais pas en ce qui concerne ceux du Sud et de l' Est ( Espagnols, Italiens, Grecs etc.) -  avons grandi avec une certaine idée du jardin. Je ne parle pas du "Jardin à la française" qui relève du patrimoine. Je pense aux jardins qui ont nourri notre imaginaire, conditionné notre sensibilité. 

En cuisine, on a beau avoir élevé au rang de "Patrimoine de l'Unesco" le repas français gastronomique, c'est la cuisine de notre enfance, celle de nos mères et grands-mères qui a plus sûrement forgé nos goûts et notre identité.

Il en est de même pour les jardins: je crois que nos mythes fondateurs sont les jardins "anglais" et les jardins "de curé". Nous avons rêvé de la liberté naturelle des premiers, du havre de paix et de douceur associé au second.

Ils sont notre référence esthétique et ont conditionné nos réflexes: Pas de jardin sans eau, tant l'eau est pour nous associée à la vie. Un beau jardin est un jardin FLEURI en abondance. Toute plante qui ressemble un peu trop à ses cousines sauvages n'a pas sa place au jardin. Les seules sauvageonnes admises sont les simples, aromatiques et les condimentaires etc. Bien sûr, j'exagère.

De grands jardiniers et amoureux de la nature, comme Gilles Clément qui a réhabilité la prairie naturelle, nous font évoluer. Le terme de "mauvaise herbe" est en cours de révision et les seules indésirables désormais sont les invasives qui nuisent à l'équilibre de l'éco-système.

Ne vous méprenez-pas, j'aime les jardins anglais et les jardins de curé, seulement ils sont nés dans des pays et régions au climat tempéré, berçés de douceur océanique auxquels ils sont adaptés.

Dans notre région du Sud de la France méditerranéen, ils ne le sont pas. Pourtant ici, encore, le désir subsiste de ces jardins-là: mon voisin perfuse au tuyau ses hortensias, et pas plus tard que la semaine dernière, en ballade près de Fayence à l'est du Var, j'ai constaté, éberluée, l'irrigation "goutte à goutte" d'un talus planté de lavandes et de romarins! ...comme quoi les réflexes! ... 

Deux petites scènes automnales: La première s'est faite toute seule la Valériane étant un semis spontané:

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La Valériane - Centranthus ruber , surnommé aussi Lilas d'Espagne s'est inserrée dans le couvre-sol Sedum album 'Coral Carpet', ce que vous ne voyez pas sur la photo, c'est qu'à droite juste au pied de La Valériane, une Euphorbe myrsinite s'est jointe à elle tout aussi spontanément.

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Scène de saison: le Sedum cauticola 'Robustum'syn. S.’'Ruby Glow' qui s'empourpre à l'automne en harmonie avec le gris argenté à gauche du Thym mastichina et à droite d'une lavande.