Des pierres dans notre jardin... il y en a plein. De toutes sortes: les " naturelles" qui poussent toutes seules dans les champs et qui remontent à la surface de notre terre argilo-calcaire. Celles que nous avons apportées : le gravier répandu aux abords de la maison et sur les chemins organisés du jardin, indispensable pour circuler " à pieds secs" et surtout à "pieds légers": il suffit de faire un tour dans l'oliveraie pour rentrer lesté d'un kilo de glaise à chaque chaussure, les jours de pluie . Celles que nous avons trouvées en creusant pour les travaux de la maison: grandes pierres plates que nous avons calées sur la partie centrale de la "Grande restanque" en une rocaille plane. Et puis, il y a toutes celles apportées par les occupants de ce territoire des années, des dizaines d'années  voire des siècles auparavant  et qui constituent une des plus authentiques architectures rurales: le bâti en pierre sèche.

En "Pierre sèche": bâti composé de pierres sans ajoût de mortier qui relève d'un savoir-faire rural ancestral, appliqué dans le monde entier: partout on a construit avec les moyens du bords: pierres des carrières, champs, cours d'eaux environnants.

Ici en Provence, la technique est très répandue: on trouve en " pierre sèche" : des "bories" , ces cahuttes cachées pour la plupart dans la forêt - les plus anciennes-, des cabanons, ces minuscules bâtisses qui abritaient les paysans qui travaillaient aux champs ou les bergers des rigueurs du climat, que l'on montre volontiers sur les cartes postales nichés dans les oliveraies ou les champs de lavande et, et... les murs qui soutiennent les terrasses cultivées des parcelles et qui s'appellent des restanques.

Autrefois les paysans profitaient du répit laissé l'hiver par les travaux agricoles pour entretenir leur territoire, nécessité individuelle et collective: ils nettoyaient et maintenaient praticables les chemins vicinaux et muletiers qui reliaient parcelles et habitations et surtout ils réparaient ou remontaient les murs en pierre qui retenaient la terre en terrasses propres à la culture.

Notre territoire de 2 ha et demi, à flancs de collines - trois en fait- est constitué de ces restanques toutes soutenues par des murs en pierre sèche, qui sont cultivées en oliveraie ou qui supportent le jardin et la maison. Comme nos prédécesseurs nous consacrons chaque année du temps - celui de Gilles-mon-époux- à leur entretien: Gilles les "déronce", remonte les pierres écroulées par le passage répété des sangliers, déterre ceux qui ont été peu à peu recouverts par les alluvions et qui ont évolué en talus, restaure les murs bas.  Nous consacrons aussi chaque année un budget pour les "gros travaux", que nous confions à des artisans spécialisés: Les muraillers. Cyrille et Emmanuel travaillent la plupart du temps en tandem et interviennent tous les ans depuis une dizaine d'années. Il faut dire que la plupart des murs étaient en mauvais état, écroulés par le passage des troupeaux et mal entretenus à coup de truelle de mortier par le propriétaire précédent.

Les photos suivantes vous montrent le chantier en cours: exceptionnellement Emmanuel travaille seul. Ces "gros chantiers" concernent des murs très endommagés, souvent hauts ou des ouvrages qui demandent une technique appropriée, en général nous profitons de l'intervention des "spécialistes" pour adapter le nouveau mur à nos besoins: Ci-dessous : l'an dernier nous avons passé commande d'une rampe pour faciliter la circulation du tracteur, il faut cette année terminer le mur du fond de la rampe et le prolonger en reconstruisant un mur effondré sur une quinzaine de mètres

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 L'an dernier Cyrille et Emmanuel ont refait le grand mur en amont qui se termine par un escalier qui monte à "la cabane": bazar de bric et de broc cependant indestructible: au premier plan, un tas de pierres "triées"

DSC01140  Et voici Emmanuel au travail : vous voyez, en perspective, le mur en construction, l'alignement " au cordeau" dont vous apercevez la cordelette blanche. Un mur "en pierre sèche" est une passoire: c'est pourquoi il n'est pas emporté par l'eau qui dévale violemment les collines par pluies diluviennes. Un mur " bétonné" ne résiste pas longtemps à la poussée de l'eau.

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 Ce mur "passoire" est composé de trois parties: la partie visible est constituée de pierres plus ou moins grosses savamment empilées: chacune est choisie pour s'emboiter à ses voisines. Derrière cette façade, le "drain": indispensable pour que l'eau fraye son chemin: le drain est composé de cailloux, enfin derrière le drain: de la terre , en géneral celle existante de la restanque. Ici le nouveau mur est légèrement avancé  par rapport à l'ancien: de la terre est ajoutée pour combler l'espace vide

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 Vous voyez ci-dessous  Emmanuel répandre le drain. Les muraillers ne travaillent que manuellement, ils se sont équipés d'une benne montée sur chenillette pour acheminer les pierres. Ils acceptent de temps à autre l'intervention du tracto-pelle, histoire d'économiser le temps et leur dos, pour finir d'affaler un mur abîmé mais "Ils-z'aiment-pas". Des dentellières... vous voyez dans la brouette, les seaux . Dans les seaux, les cailloux... par petites quantités car, Bon Dieu que c'est lourd ! Au fond vous voyez les pierres triées en fonction de leur gabarit et entassées en "cairn", histoire de gagner de la place.

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Le tas de terre avec la "griffe" pour l'étaler...

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 Emmanuel travaille sans précipitation et efficacement: chaque geste est maitrisé, les cailloux du drain doivent être soigneusement répartis pour éviter les poches

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 En plus de la brouette et des seaux voici les outils du murailler: A droite "la barre à mine" pour décaisser le mur à réparer, à sa gauche "la griffe "pour racler la terre, encore à gauche, la pioche. Sur la pierre les outils "de taille". 

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 Gros plan sur les outils : un marteau, un genre de gros poinçon et à gauche un outil tranchant: ce trio sert à tailler les pierres pour les ajuster.

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 Un mur comme celui-ci mesure bien 80 cm d'épaisseur. Sa base un peu plus large en consolide l'assise. Il est difficile de trouver de vrais muraillers ,cette technique ayant été un temps négligée au profit du "mur béton". Heureusement le savoir-faire s'est transmis et une jeune génération s'est formée à ce métier d'art. D'ici peu, je vous montrerai le chantier terminé.