Temps maussade, chute de neige molle: je ne passe pas mon temps au jardin si ce n'est pour extirper trois pissenlits de temps à autre. Autant rester au coin du feu... ou aller à la fête. Nous sommes donc partis, bras dessus, bras dessous, avec notre copine Sally fêter Saint-Marcel  à Barjols, le bourg près de chez nous.

Sachez avant toute chose que j'ai en horreur les fêtes: du cuir, de la saucisse, du chien, du boudin etc. Je déteste les étals de véritable artisanat "made in China",  les podiums R****D et les casquettes F*******E des J**X. Je n'aime pas non plus "le monde" ni les bousculades mais... j'aime la Fête de la Saint-Marcel.

Parce que c'est:  une fête locale et authentique qui se tient à la Saint-Marcel ( le 16 janvier), animée par et pour les habitants, une des dernières fêtes païennes de France- selon l'écrivain(e) Marie Rouanet- , une fête pleine de... rebondissements.

A l'origine, une légende: Au temps jadis, lors d'un rude hiver, les habitants de Barjols subirent une famine effroyable: après les derniers rats, les dernières racines, il ne leur resta plus rien à se mettre sous la dent. Les hommes, rassemblant leurs dernières forces, partirent en quête de nourriture. Revenant quelques jours plus tard, bredouilles, hâves et désespérés, ils entendirent tout ébaubis les femmes qui riaient et chantaient au lavoir. Ce n'était pas leur linge qu'elles lavaient, mais les tripes d'un boeuf miraculeusement apparu au matin du 16 janvier à l'entrée du village, secours apporté par Saint Marcel, en son infinie bonté, aux villageois affamés. Emerveillés, ils en trépignèrent de joie... avant de dévorer le boeuf.

La Fête dure deux jours et reprend étape par étape la légende,... enfin, en zappant la famine ( pas folles, les guêpes! pas question de se mettre au régime!). La fête s'ouvre sur le retour des hommes et l'arrivée du boeuf .

Pour honorer Saint Marcel et son boeuf tombé du ciel, le village se met sur son trente et un: maisons, places et rues sont pavoisées de rouge et de jaune (de "gueules et d'or") , couleurs du Comté de Provence. 

DSC05283

DSC05276

La fête commence par la bravade: défilé en costumes au son de l'orchestre provençal ( fifres, tambours , cuivres...) ponctué par les tirs assourdissants des tromblons. Le cortège, composé au départ des musiciens et des hommes, s'enrichira à chaque tour de ville de nouveaux acteurs, femmes, enfants, gardians ... et enfin BOEUF.

DSC05289

DSC05293

 Ce défilé est joyeux, tout le monde se connaît et reconnaît parmi les bravadeurs, qui le boucher, qui son voisin, voire son percepteur... et que " Coucou ! " par ci, et que "Coucou ! " par là.

DSC05309

 Le " Temps jadis" représente une période assez floue... ce qui accorde une certaine latitude en matière d'habillement, mélange de costumes médiévaux - home made, cottes de maille des soldats tricotées au point mousse -  et de costumes traditionnels provençaux, conservés par les familles et sortis des armoires pour l'occasion 

DSC05287

 Maintenant , je vous présente MARCELou plutôt ce qu'il en reste dans un reliquaire à son effigie, pieusement conservé dans L'Eglise collégiale. La photo ci-dessous est celle d'une réplique exposée dans la vitrine de l'esthéticienne:

DSC05296Le bienheureux Saint Marcel, prendra l'air à l'issue de la Grand-Messe solennelle du dimanche matin en rejoignant le défilé transformé en procession et sera trimballé dans toute la ville à dos d'hommes, à la suite du boeuf.

Et GASTON ?  me direz-vous. Gaston , c'est LUI :  Beau brun, bouclé, au pays des bestiaux, Gaston est un top-model écossais ( Highland cattle) . Specimen de concours, il est loué pour la fête

DSC05300

Gaston est la coqueluche de la "Saint-Marcel", il vole même la vedette au Saint Patron. Vous le voyez conduit par son bouvier, pomponné...

DSC05303

Grand, puissant, il est maquillé... ses cornes sont dorées...tout comme ses sabots...

DSC05302-001

 Gaston le magnifique, a un statut de Vache ( oups ! pardon, Gaston) sacrée... tout comme Marcel, il est promené et honoré... à ceci près qu'il est supposé être... dévoré. Bah non! pas lui, pas Gaston, ... ( d'ailleurs la viande trop fraîche, c'est pas bon), mais un autre abattu bien avant... qui sera le dimanche, embroché, salé et rôti par le doyen des cuisiniers en place publique et mangé par l'assemblée... Heu, ça, c'était avant que les services sanitaires s'en mêlent: QUOI ! manger en plein air un animal cuit et dépecé sur la voie publique... avec tous ces microbes? interdit !   Donc il n'est plus mangé... je me demande bien ce qu'il devient après cuisson.

Ce qui rend la "Saint-Marcel" très amusante, c'est la danse des "tripettes".  L'orchestre provençal accompagne la fête du début à la fin, la bénédiction du boeuf  et les complies du samedi soir, la Grand-messe solennelle du dimanche matin. Présent dans l'Eglise, il interrompt la messe et au signal donné tout le monde - j'ai dit Tout le monde: les édiles locaux ceints de leur écharpe tricolore,  les participants à l'intérieur et sur le parvis de la Collégiale, le curé en surplis et les éventuels autres ministres du culte, tout le monde se met à sautiller à pieds joints rappelant ainsi le trépignement de joie des hommes à leur retour ! L'Eglise n'aurait pas toujours trouvé cela à son goût: bénir les animaux, promener le Saint et le boeuf de conserve, c'était déjà dur à avaler, mais ces gesticulations de sauvages dans l'église... intolérable. Elle a bien essayé de s'y opposer mais devant l'indifférence générale y a renoncé: Excommunier une ville entière pour paganisme, ç'aurait fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

La "Saint-Marcel" a lieu tous les ans, mais la Grande Saint-Marcel ( avec le boeuf) , tous les deux ans seulement, pour des raisons de moyens sans doute, car la fête n'est pas sponsorisée - pas de podium, pas de casquettes ni d'auto-collants- rien à vendre, si ce n'est le vin et la bière qui coulent à flots dans les cafés et restaurants de la ville pendant ces deux jours de danses, de musique, de réjouissances et de ripaille!