A Marseille nous allons presque toujours faire un tour au MUCEM, musée magnifique ouvert sur la mer. Dans l'enceinte du Fort Saint-Jean et du MUCEM,  a été conçu en même temps que le musée le Jardin des Migrations qui évoque le brassage des cultures autour de la Méditerranée et des plantes qui les accompagnent*, bref, un jardin sec et méditerranéen. J'adore ce jardin qui s'harmonise aussi bien avec les vieux bâtiments du Fort qu'avec l'architecture sobre et audacieuse du MUCEM°. J'y retrouve nombre des espèces présentes chez nous.

Nous nous y sommes promenés il y a une dizaine de jours et ce que j'ai vu m'a ébranlée: le jardin a terriblement souffert . Déjà éprouvé par le printemps et l'été 2016 anormalement secs, il supporte mal la sécheresse absolue aggravée par une grosse semaine de canicule que nous vivons actuellement - Il  a plu pour la dernière fois le 2 mai. Il m'a semblé qu'il y avait beaucoup de casse. Il faut dire que ce superbe jardin est un jardin "suspendu": les plantes  n'y bénéficient pas des mêmes ressources et réserves d'humidité qu'en pleine terre. Il est, de plus, exposé aux vents marins. J'ai vu deux jeunes jardinières qui coupaient méticuleusement au sécateur chaque fleur séchée des cistes, infinie patience. Etonnée, je les ai questionnées: suppression des fleurs pour éviter que la fructification n'affaiblisse les plantes. Autre question: vous n'arrosez jamais? en principe, non, mais les plantes ont souffert l'an dernier et il est question d'arroser cette année pour préserver le système racinaire.

Ces réponses m'ont laissée dubitative car notre jardin souffre aussi. Arroser ? C'est alors qu 'Isabelle et Benoît Beauvallet, MES pépiniéristes chéris, se sont annoncés: ils viennent de temps à autre voir comment se comporte le jardin. Les voici en pleine inspection:

DSC01361Les plantes réagissent différemment à la sécheresse:

les cistes roussissent, enfin leurs fleurs innombrables. Leurs feuilles se crispent, tombent parfois . Question à Isabelle: couper les fleurs? Pas pour, Isabelle. Eviter, en périodes extrêmes - sévère sécheresse ou fort gel-  d' "entamer" la plante, pas de taille. Ne retirer que ce qui est mort/mort. Et puis, en pleine nature personne ne soulage les cistes de leurs fleurs en graines.

DSC01367D'autres plantes ont les feuilles qui ramollissent, elles pendouillent comme celles du caryoptéris ci-dessous

DSC01369quand elles ne sont pas complètement flagadas, comme celles du phlomis Russelliana

DSC01375Certaines, comme le Medicago arborea perdent complètement leur feuilles qui repousseront dès le retour de conditions plus clémentes. Isabelle et Benoit insistent là-dessus: les plantes méditerranéennes entrent en dormance - non seulement l'hiver, on y est habitué-  mais aussi l'été. C'est leur cycle naturel.  Je confirme: j'ai vu en fin d'hiver repartir nombre de plantes qui avaient l'air crevées en fin d'été.

DSC01378Il faut reconnaître que face au spectacle insoutenable de plantes en souffrance, on est vite démangé du tuyau d'arrosage. Moi aussi. Remonte en nous un besoin quasi irrépressible d'arroser ( au fait, pour nous ou pour les plantes?). Alors ? arroser ou pas?

Après discussion avec Isabelle et Benoit, j'ai décidé que- non - je n'arroserai pas ( sauf évidemment les bébés plantés cette année et les jardinières suspendues de l'entrée de la maison dont les murs de pierre sont des passoires). Pourquoi ? d'abord, parce que je considère notre jardin comme expérimental, et que, si je commence à arroser, cela fout en l'air toute la démarche, ensuite parce que la tenue du blog m'encourage dans cette direction - mener cette expérience de jardin économe en eau et la partager avec vous- enfin parce que ça me barbe d'arroser.

Il n'empêche que je vais au plus tôt mettre un cierge à Sainte Rita - soit disant Patronne des causes désespérées- pour qu'un orage éclate avant la prochaine période de canicule annoncée pour les environs du 14 juillet. A suivre.

Un peu de vie pour finir: le jardin en début et fin de journée n'est qu'un bourdonnement...qui monte des lavandes et autres buissons encore en fleurs, assiégés par les insectes

DSC01387* texte: office Tourisme Marseille

° MUCEM: architecte Rudy RICCIOTTI