Le Japon est un pays tempéré: pas d'équivalent du jardin "méditerranéen" là-bas. Par contre le jardin "sec" - et même très sec - y est une spécialité mondialement connue: Quand on nous parle de "jardin japonais", nous pensons immédiatement aux jardins Zen des temples. Petites merveilles de minimalisme minéral, du sable, des graviers, des pierres, soigneusement ordonnés selon des principes...qui m'échappent. Je ne suis pas Zen, ni au sens propre ni au sens figuré, et je ne comprends rien à ces jardins. J'en admire la sobriété, l'esthétique, j'envie - un peu - la spiritualité qui les inspire, je salue la constance du jardinier: râtisser, encore et encore râtisser. Tout ça, tout ça... mais ces jardins tellement "zen" me laissent froide.

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Heureusement pour moi, ces jardins minéraux ne sont qu'une facette de l'art japonais du jardin, Les moines eux-mêmes ont conçu des jardins somptueux qui allient spiritualité et sensualité. Par exemple le jardin de Tenryû-Ji à Kyoto qui fut fondé au 14ème siècle par le célèbre moine Zen Musô Soseki pour son disciple et mécène, le shogun Ashikaga Takauji. Musô Soseki était un paysagiste génial, il a créé plusieurs des plus beaux jardins japonais, tous furent détruits et ...fidèlement reconstitués. Il est troublant et émouvant de se promener de nos jours dans un jardin conçu six siècles auparavant.

A chaque jardin, son temple qui en est la raison d'être. Face au temple, la pièce maîtresse: un étang où nagent en toute quiétude les carpes Koï. Une grande sérénité s'en dégage: tout paraît naturel alors que tout est pensé dans les moindres détails:

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Le plan de l'étang, ses bords tantôt souples tantôt sinueux, l'emplacement de chaque pierre, car l'harmonie de ces jardins repose sur la présence de  trois éléments: le minéral, le végétal et l'eau

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 Le moine Musô Soseki avait sa spécialité: la cascade sèche. Oui, oui vous avez bien lu. Ci-dessous, celle de Tenryû-Ji. Comme vous pouvez voir, il s'agit d'un enrochement vertical soigneusement agencé. Il se dit qu'en contemplant ces cascades par temps calme et en silence, il est possible d'entendre l'eau, pourtant absente, couler.

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 Le végétal est présent sous toutes ses formes: arbres, arbustes, herbes, graminées, succulentes, mousses, rampantes  habillent l'étang 

DSC05291les ruisseaux 

DSC05296les mares

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 Ces photos donnent l'impression que nous étions seuls. En vérité, nous étions nombreux à nous promener, mais la circulation est organisée de telle façon que le regard se pose sur des perspectives vierges de visiteurs.

Les photos ci-dessus sont silencieuses, mais si je monte le son, vous entendrez le pépiement joyeux du groupe de collégiennes qui attendent leur professeur à la sortie du temple derrière nous.

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 Entre deux parties du temple, un jardin. Enfin l'équivalent d'un jardin de "curé".... disons, un jardin "de moine"  

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 Il y a encore un autre jardin que je qualifierais "d'agrément" avec toutes sortes de vivaces, d'arbustes à fleurs et d'annuelles. Octobre n'étant pas une période de  floraison: très peu de fleurs. Mais cette merveille:

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 Quand je l'ai vue, j'en suis restée baba. De loin j'ai pensé à une rose, mais non ! en approchant le feuillage n'était pas celui d'un rosier,  les pétales nervurés pas ceux de la rose

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 Une pivoine arbustive? Non plus, les pivoines ne fleurissent pas en octobre, pourtant, ce soyeux froufroutant...

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 roses, blanches

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 Alors? Un Hibiscus mutabilis versicolor... je pense que chez nous, en Provence, dans notre jardin très économe en eau et par canicule, il y a peu de chance qu'il tienne . Par contre si vous vivez en zone plus tempérée ou si vous arrosez, ne passez pas à côté de cette splendeur. Prévoyez de la place, cet hibiscus mesurait presque 2 mètres de haut... 

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Parmi d'autres, deux petits livres m'ont accompagnée au Japon: Le goût de Kyoto ( si vous voulez en savoir plus sur Musô Soseki et l'esprit des jardins japonais) , et le goût de Tokyo. ( éditeur: Le Mercure de France) .